5- le vieux

Et puis viennent les premières rencontres, dans un centre d’accueil, avec les enfants, pas n’importe lesquels, les enfants de la rue de Bamako.
Etre un enfant de la rue et être reconnu comme tel, c’est une insulte, alors on cherche un autre patronyme…Ils deviennent alors les enfants de tous.
On ne devient pas un enfant de la rue en un seul jour. C’est tout un processus. On commence par les premiers pas à l’extérieur du foyer, accompagné par un ancien. Il y a pour beaucoup d’entre eux un foyer au départ, une famille, un abri, même de tôle. Mais ici on vit plus dehors que dedans, plus dans la rue que dans la maison…Cette rue on la fréquente dès que les jambes permettent de déambuler tout seul sous la surveillance d’un ainé. Dés qu’il grandit, qu’il est un peu plus autonome, vers trois ans, on peut le confier. Dans notre société c’est l’entrée en maternelle, à Bamako, on confie son enfant au marabout. Comme l’instituteur ce dernier est chargé de prendre soin de son éducation, de sa socialisation.
C’est dans cette phase là que certains vont se retrouver définitivement à la rue, loin de chez eux, à mendier, sans repères…Ils ne connaissent que le nom de leur village, ils sont trop jeunes pour savoir y retourner.
Petits mendiants, certains sont maltraités et décident de partir, de retourner chez eux. Mais la route n’est pas facile. Ces enfants là, dont le courage est immense sont là en face de nous. Ils ont entre 6 et 16 ans. Plus ou moins effrontés, plus ou moins marqués par leurs rencontres, ils sont une cinquantaine peut être. Leurs sourires, leurs yeux remplis d’espoir nous donnent une leçon de vie. Leurs visages anonymes, leurs yeux rieurs pleins de lumière sont fiers de nous montrer ce qu’ils ont appris. Ils chantent « les vespas », ils chantent « Maryam », ils chantent « le petit prince », ils chantent la vie à tout prix.

le vieux
Et puis, ils nous racontent. Un garçon se détache des autres, à peine plus âgé les autres l’appellent le vieux. Sa voix est grave, douce, il nous raconte son histoire mais aussi celle des autres. Il est leur porte parole.
Le vieux (d’une dizaine d’années), nous explique sans détours les dangers qu’ils ont rencontrés, leurs peines, leurs désespoirs, leurs peurs, les coups, la violence mais aussi l’entraide, la débrouille, la vie qu’ils ont maintenant « choisie » et qui les rend plus forts !

Il y a des lieux où ils peuvent se poser quelques temps, en confiance. C’est un peu comme une maison pour eux, un lieu de sécurité, un endroit où l’on se pose loin de la violence des rues. Mais c’est surtout le lieu où l’espoir naît de retrouver sa famille, de retourner au village. C’est aussi l’espoir de devenir un homme et non plus en enfant de la rue. Mais le foyer reste un lieu de passage, un lieu solidarité, un lien d’apprentissage, de scolarisation. Les éducateurs sont des modèles, souvent des anciens enfants de la rue eux même ils peuvent mieux comprendre ce qu’ils vivent. La rue c’est loin d’être facile…les petites têtes acquiescent, un court silence, puis les mains s’agitent, applaudissements…
Le vieux a bien parlé.

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