les galets

Elle marche sur la plage, pieds nus dans le sable, un livre d’André Leroi Gourhan à la main. Elle vient de lire une petite phrase qui la laisse pensive. Il a dit que la propriété de la matière vivante c’est le désir. Elle répète la phrase en murmurant « le désir » un sourire aux lèvres …Puis elle soupire et rêve un peu plus loin sans prêter attention aux natures « mortes » qui l’entourent et qui n’ont plus le droit de soupirer. Des bois flottés, des coquillages dorés, des rochers, des algues séchées, des galets …. Pourtant ces natures mortes ont entendu cette phrase de l’inconnue.
Cette inconnue, une jolie brune qui s’assoit dans le sable et le caresse du bout des doigts….Assise au bord de l’eau, elle regarde à travers le reflux des vagues les petits galets rouler sur le sable. Elle en choisit un, le plus doux, le plus blanc, le plus rond…Un galet, une petite pierre arrondie qui se met à rêver…désir….
Il est joli le mot, mais que veut-il dire? Il y a tellement de murmures perçus par la pierre qu’elle ne sait pas les déchiffrer, ni même les comprendre. La pierre est froide, ce galet est glacé, rongé par la mer, lissé par les vagues, oublié par le temps. La jeune fille serre son petit galet dans ses doigts, elle le pétrie comme pour lui donner vie. Elle le réchauffe…Elle le fait rouler d’une main à l’autre, le long de ses jambes, puis sur sa joue. Il est si doux.
Elle cherche à le faire briller, elle le veut différent des autres vulgaires pierres…C’est un galet qui s’éveille au contact de sa peau presque loin du reflet des vagues….

La pierre peut-elle comprendre alors le sens du mot caresse ? Ce petit galet qui frémit un instant au contact de cette peau lisse, salée et parfumée. Il crisse au contact de sa paume, on dirait qu’il murmure « désir,…désir …»
La jeune fille crie, elle lâche la pierre sur le sable, elle jurerait que ce galet l’a pincée.
Surprise, elle regarde la pierre échouée sur le sable. Qu’est devenu le joli galet ? C’est une petite pierre blanche, enfin une…le galet a changé!
Il s’est craquelé, fissuré, partagé en deux, on a pu entendre un long craquement suivi d’un murmure comme le flot des vagues …
Désir….
Ce désir là est né d’être deux, deux morceaux que la mer maintenant sépare. Ils vont désormais se chercher, se désirer toute une éternité, ballottés par les vagues, brisés par le désir éphémère d’une petite phrase susurrée par une jolie brune sur le sable….

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