8- l’ombre

l'ombreLa porte de ma chambre ne s’ouvre plus. Elle a été forcée par les envies, les envieux, les curieux….La nuit m’enveloppe, soudain un sentiment étrange m’étreint. Vais-je dormir dehors comme lui ? Lui, ce jeune vêtu de bleu qui a trouvé refuge dans la mission. Il n’a pour maison qu’un matelas, comme toit les feuilles d’un arbre. Personne ne l’a vu arrivé. On ne sait pas vraiment depuis combien de temps il est là, ni même pour combien de temps il va rester là. Il inquiète certains, il sourit aux autres. Peut être le gardien l’a t-il laissé passer une nuit,  où  peut être  a-t-il été pris de sympathie ?
Peut être le connait-il ? ou connait il un membre de sa famille. ..

Peut être….

les différentes formes de solidarité et de parenté se mêlent dans les rues sordides des quartiers sombres de Bamako. Tout ne s’explique pas de manière rationnelle. Les ombres sont souvent surprenantes, inquiétantes quelques fois.
Assise confortablement en face de lui sur le balcon, dans un fauteuil en plastique tressé coloré nous nous scrutons,  nous nous observons sans nous voir , nous les silhouettes de la nuit.

A la lumière de la lune je croque sa silhouette qui se détache à peine du tronc de l’arbre. Peut être demain il sera reparti. Il fait parti des ombres de la nuit.
Ma porte s’ouvre enfin. Je l’abandonne à ses prières et à la nuit. Je rentre dans la moiteur de ma chambre.
Un parfum de citronnelle flotte, le ventilateur ne tourne plus,… Une chaleur humide nous enveloppe comme la couleur verte des murs. Je m’enroule dans ma moustiquaire sur mon lit de ferraille, les yeux pleins de latérite, encore pleins des ombres que j’ai pu croiser.
Mali, pays de contradictions, je m’endors le cœur endolori.
Très tôt le sommeil a quitté ma chambre, comme si il ne fallait pas perdre de temps pour mieux boire toutes les impressions, toutes les sensations qui passent, s’en imprégner pour ne surtout pas oublier.
6h30, je sors sur le balcon. Il est tôt pour moi, il est pourtant tard pour eux, pour lui. Il a déjà roulé son matelas, le petit brasero sur lequel il a posé sa théière, fume. Ses affaires personnelles tiennent peu de place, comme son corps. Il est l’ombre de l’arbre. Levé il me semble qu’il entretient les plantes, ou peut être leur parle t-il ?

Peut être…
Au loin une douce musique, une messe a commencé dans la paroisse voisine…Chocs des cultures, Bamako s’éveille dans le quartier de Badaladougou.
Quelques jours plus tard l’ombre a disparu, nous ne l’avons même pas vu partir.
A peine avez t-on remarqué sa présence que déjà ses traces de pas et les cendres du braséro se sont déjà effacées. Il n’y a plus d’ombre dans la cour la nuit.

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