9- les affamés du Concorde

en face du concordeNous nous arrêtons affamés après avoir déambulé dans les rues aux alentours du centre. C’est, une gargote de tôles au nom pompeux du « concorde », lieu indescriptible qui retient pourtant nos pas poussiéreux et fatigués.
Et pourtant !
Une jeune femme se fait les doigts de pieds sur un coin de table. Après l’avoir salué, nous ne passons pas notre chemin, et nous choisissons une table dans un coin. Elle nous regarde d’un air patibulaire, sans interrompre sa besogne. Pourquoi avoir choisi ce lieu ?
le Concorde nous a laissé imaginer (à tort) la rapidité du service !
Après nous avoir laissé nous installer, elle nous jauge du coin de l’œil et, après un certain temps, décide de se lever pour venir voir ce que nous voulons. Il est plus de 13 heures, ses pas soulignent un déhanché très lent et peu motivé par notre installation. Ses sourcils sont dessinés comme de gros triangles de dessin animé. Ils lui donnent un air comique et sévère à la fois. Observation mutuelle….
Elle nous apparait du coup peu avenante, pas souriante, les sourcils froncés et sans aucune considération pour nos sourires niais ! Elle dénoue un pagne de ses hanches et d’un coup sec tape violemment sur notre table! Attention décollage! Peut être cherchait-elle à tuer toutes les mouches qui passent, et nous aussi par la même occasion !?!
Notre table est gluante, rien ne peu décollé….Ces petites choses engluées et imperceptibles attirent notre attention! Son coup de pagne n’ayant rien décroché ni même secoué, elle retourne en soufflant chercher un vieux chiffon informe dans un coin sombre. Cherche t- elle à nous dissuader de rester ?
La table est « nettoyée » avec ce chiffon qui sent l’essence et déclenche nos fous rires. La folie nous guette….Pourquoi avoir choisi cet endroit désert et peu avenant ? Nous nous sentons dupé par les promesses du concorde…
Tout commence par un choix !
Rien n’entache notre bonne humeur et nos rires…Dans les pires situations nous arrivons à prendre du recul et à nous détacher de tout ce qui nous aurait fait hurler quelques semaines auparavant…
Le repas est finalement commandé après une âpre négociation pour le prix…pas de carte, le menu est improvisé par notre hôtesse:  » poulet entier, demi ou quarrrrrrrrrrrrt? » Affamés mais pressés, nous décidons qu’un quarrrrrrrrrrt devrait suffire à nos estomacs et réduire le temps de préparation.
Et puis vient l’attente,…, elle est longue,……, très longue !

Alors on discute,on observe, on dessine, on écrit, on palabre, et on oublie le temps mais la faim ne nous oublie pas.

Sont-ils allés tuer les poulets ? L’avantage c’est que dans ce cas là nous sommes certains de la fraicheur de la marchandise…ils ne s’attendaient apparemment pas à avoir une table de blancs à cette heure là…
Nous rions de tout, mais l’attente devient longue.
On assiste au va et vient des jeunes femmes qui se déhanchent pour trouver le nombre de poulet pour nos ventres affamés…
A travers la clôture brinquebalante du restaurant nous observons la rue. Les petits marchands qui nous font face nous observent aussi. Un jeune traverse et vient livrer des caisses de coca, juste ce qu’il faut pour nous faire patienter.
On nous dépose en guise d’assiettes des carrés de journaux. Nos doigts sont maintenant habitués à remplacer nos fourchettes. Les restes de nos bouteilles d’eau chaude nous servent à nous rincer sommairement les mains pendant que nos gosiers se gargarisent de rire et de bulles de coca.
Nous sommes finalement servis sans aucune délicatesse…attention aux turbulences du service!
Le riz et le quart de poulet qui nous sont proposé sont finalement très très épicés !! Comble du fou rire avant même d’avoir fini de manger la pluie s’abat sur nous comme pour nous rincer les idées !
Le concorde est dans la tempête, contre toute attente les passagers sont trempés…
La pluie détériore nos « papiers d’assiettes »,  mouille nos billets, et nos idées!
Le patron fait son apparition, il est temps de payer !
Il nous double la facture âprement négociée quelques heures auparavant ! C’est l’inflation nous dit il ! Quelle arnaque ! Nous n’en croyons pas nos oreilles ! Finalement le concorde c’est sacrement du vol !

Nos billets mouillés refusent une nouvelle négociation. Il est temps de quitter le concorde et ses hôtesses peu aimables, la pluie nous a soudain réveillés ! Nous ne comprenons toujours pas pourquoi nos pas nous ont guidés dans cet endroit ! Bamako si gai a aussi ses mines patibulaires, ses arnaqueurs et ses mauvaises heures!
Tout est une question de choix, mais il faut savoir choisir le bon vol !

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