11- A Bam’city,le père blanc de Faladjé

En route vers la brousse et Faladje à 80km de Bamako.
Premier arrêt en bord de route, à l’entrée de Faladje qui nous apparait comme un minuscule village.
Une fois de plus nous sommes l’attraction, des blancs poussiéreux et souriants…Antinomique ?
Les officiels, maires et secrétaires nous attendaient dans leurs plus beaux costumes de ville.
Encadrement officiel en première ligne, et observation en arrière fond d’officieux et de curieux…Leurs sourires sont plus éclatants que les notres, leur joie transparait dans leur yeux. C’est du vrai.Mali036
Mais ici les blancs ils connaissent, il y a « baablen kukuballi », de manière très respectueuse on nous indique son logement.
Un cortège nous accompagne pour rencontrer leur hôte de marque.
On s’arrête dans un espace entouré d’arbres majestueux et longilines. Le vert des arbres et le rouge de la latérite donnent une atmosphère feutrée, une couleur plus douce sous ces feuillages.
Rencontre avec un prêtre blanc, il y a des rencontres qui nous restent à jamais. Des petits instants de vie de l’autre qui nous a surement oublié mais qui nous donne à changer, à réfléchir, à grandir…
Cet homme a été ordonné prêtre en 1954 il est entré dans la société des missionnaires d’Afrique, et il est arrivé au Mali en 1965. Je n’étais pas née!
Mais Charles Bailleul, père blanc, licencié en lettres est avant l’habitant de Faladjé et  surtout « l’Ecrivain », mais aussi le poête, le jardinier, le passionné, l’homme au grand coeur …
Dans cette société où l’oral a une place importante de génération en génération, il donne une place particulière à l’écrit. Cet homme est un sage, un homme de foi, un homme à l’écoute des hommes et de tout ce qui l’entoure. Sa disponibilité n’a pas de mesure. Il interrompt ses travaux pour nous voir, ou plutôt pour se laisser à voir quelques minutes.
Quelques minutes qui m’ont laissé un gout de trop peu, trop court…Mais quelle chance de rencontré sans savoir un grand homme, Baablen kukuballi, le père blanc avec un nom malien. Il a travaillé au centre de langue de Faladje, ce minuscule village perdu.
Il a publié un livre pour aider à « mieux comprendre » et surtout pour pouvoir parler la langue bambara, pour lui mais aussi pour toutes les personnes qui viennent au Mali.
Lors d’un de ses témoignages en 1994 il alerte déjà sur tous ce qu’il faut garder en mémoire, enregistrer, noter, ne pas oublier car pour lui « l’étude de la langue ne finit jamais. » Le père blanc anthropologue, c’est peut être çà qui m’a plu en lui. Cette perception qu’il a de l’être humain dans sa dimension complète d’humanité….
Arrêt intemporel à l’ombre de grands arbres. J’aimerai passer plus de temps dans cette rencontre.
Il ne se rappellera surement pas de ces quelques blancs, quelques uns de plus sur la liste qui viennent le saluer, juste de passage…
Son travail est immense, sur la langue, sur les proverbes sur les proverbes, les contes, sur les maliens qu’il a pu croiser. Un travail immense de linguiste, d’anthropologue, de chercheur sur la foi des hommes….
Il nous raconte son amour pour « sa » région. Il nous révèle ses inquiétudes, la sécheresse, la profondeur du puits qui l’inquiète.
« il y a dix ans j’avais un puits de 2m50, j’ai creusé d’un mètre par an… L’environnement change ».
Ecologiste avant l’heure il s’est toujours intéressé non seulement aux hommes qui l’entourent mais aussi à la botanique, aux plantes, … Curieux de tout il dégage une aura particulière, ne aura de mystère et de paix,quelque chose d’imperceptible, d’immatériel, une sagesse et une bonne humeur particulière.

Havre de verdure, havre de paix, après les salutations officielles du maire et de son secrétaire nous reprenons la route latérite pour le barrage.
Des années après cette rencontre la latérite de Faladjé a du restée accrochée à mes poumons, je respire avec, les mots du père blanc sont dans mon esprit, je pense avec.
Aujourd’hui le « père blanc » a quitté Faladjé et les bambaras, pour des raisons de santé. Il est « rentré ».
J’ai du mal à imaginer ce déménagement, son impact pour quelqu’un qui s’est tant imprégné, impliqué et passionné par cette culture, cet esprit, et cette terre rouge poussièreuse…
Par ce petit mot je tiens à lui rendre hommage, à lui dire merci
Alors en bambara, « i ni ce » !

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