19- Piment innocent…

Il est bon d’être guidé par quelqu’un qui connaît « LE » lieu, introuvable pour le touriste de base, blanc de surcroît, en plein milieu de Bamako.

On nous amène à l’étage d’un bâtiment, « chez le sénégalais », une cantine fréquentée par les habitués du quartier.

On récupère d’abord notre ticket contre quelques francs CFA.

Trois femmes assises sur des chaises en plastique nous suivent du regard, elles interrompent leur discussion pour nous indiquer où prendre nos assiettes et nos verres. Pas de couverts, ici nos mains sont nos outils. Les cuisiniers nous servent abondamment une assiette copieuse et colorée, entourée de sauce.

Des grandes tables couvertes de toiles cirées collantes nous accueillent. On s’éparpille au milieu de plusieurs tables. Nous sommes une fois de plus l’attraction, on nous observe amusé…on s’imagine que c’est nos coups de soleil, nos nez rougis, nos airs hagards… mais en réalité l’objet de l’attraction est dans nos assiettes, là est notre naïveté.

L’atmosphère est lourde, il fait tellement chaud. De grands ventilateurs brinquebalants, accrochés tant bien que mal au plafond, semblent mettre nos vies en danger à chaque bouchée,… mais ils ne sont pas les seuls.

Nous nous concentrons sur notre repas en oubliant que nous sommes observés. Certains par prudence ont mis de coté les aliments qu’ils jugent « douteux », mais un seul a suffit, un innocent, un insouciant. Comme un silence avant la tempête, un remous étrange dans la cantine nous a fait lever les yeux. Comme si tout le monde retenait son souffle jusqu’à…

Jusqu’à ce que  l’un de nous, le plus naïf ou téméraire, croque dans un piment violemment dans un silence impressionnant.

et puis tempête…

Le niveau des éclats de rire nous a fait sursauter avant même que Pierre prenne la couleur du piment. Les yeux exorbités, sa bouche s’est ouverte pour cracher le feu ingéré. Nous avons mis le feu au restaurant par la même occasion.

Alors que les larmes de douleur glissaient sur ses joues, celles de notre fou rire nous ont embués la vue. Les rires ont éclaté, brisant le silence annonciateur de sa douleur… Le calme avant la tempête, proverbe qui est aussi valable dans une cantine malienne.

Ce petit point rouge au bord de l’assiette n’avait pas été placé là par hasard. Rite de passage, rite d’initiation, rires comme message, rires de communion.

Notre gaieté et nos fous rires nous font partager un instant magique, l’air est devenu électrique. Certains tapent bruyamment sur la table pour montrer leur hilarité. Pierre est vexé, la bouche en feu, il a bu des litres d’eau sous les rires d’une cinquantaine de malien. Les trois « mamas » de l’entrée applaudissent, le voisin de Pierre se lève et en passant lui tape dans le dos d’un air de compassion…

Le feu apaisé, les larmes de fou rire essuyés, Pierre se lève d’un air renfrogné. Nous l’escortons vers la sortie tout en lançant des  sourires complices avec les habitués.

Un nouveau silence, imperceptible,…et tout d’un coup les trois « mamas » se lèvent et applaudissent. Elles nous interpellent et nous font de grands signes, elles s’approchent et viennent serrer la main de Pierre.

L’atmosphère change une fois de plus, il devient le héros, l’ami qui les a fait rire,….tellement rire,…alors elles viennent vers lui, juste pour lui dire merci…

encore une leçon de vie pleine de rires et avec un petit piment innocent…

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