20- Ruralité et modernité à Bam’city

On éloigne les enfants plus âgés des dangers de la ville, on éloigne les enfants les plus accros aux substances, on les éloigne alors qu’ils sont déjà loin de tout dans leurs têtes, loin de leur famille, loin de tout confort… Mais là en plus  ils sont loin de toute tentation, loin de la ville celle qui corrompt même les êtres les plus purs…Mali044

Sevrage violent, sans subterfuge, ségrégation spatiale, on les envoie au foyer rural pour une rééducation à la vie,… par le travail, le travail de la terre, celui qui reconstruit un homme et lui permet de se nourrir.

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L’éducateur nous explique sa vision. La philosophie est particulière, il nous dit que c’est en mangeant que l’appétit vient, il faut donc travailler pour aimer travailler ?

Ces enfants n’auraient pas d’appétit alors que leur sourire éclate sur leur visage poussiéreux ? Ils n’auraient pas d’appétit alors qu’ils sont affamés à errer dans la rue à la recherche d’un quelconque reste…

Ne faut-il pas l’appétit de vivre pour survivre à la rue par quelque subterfuge que ce soit… Les sacs de colle, d’alcool, de plastique brûlé pour les plus pauvres leur permettent de s’endormir en oubliant la douleur de la faim dans un endroit sombre pour se faire oublier.

Ici il faut être volontaire, il faut être décidé à s’en sortir. Après trois mois de discussion la formation agricole peut être acceptée.

Ils sont là courbés dans les champs avec des outils précaires et raffistolés, en plein soleil. Ces enfants dépendants de stupéfiants sont contraints de rester au moins 18 mois sur les lieux. Le temps d’apprendre à recommencer, d’apprendre à se débrouiller.

L’objectif n’est il pas de leur faire prendre conscience que la survie dans la grande ville est non seulement plus dangereuse mais aussi plus dure ? Est-ce vraiment ce qu’ils en retiennent ? Un jeune aujourd’hui qu’il soit malien ou français ne rêvent ils pas des mêmes images d’accès à la consommation ? Le retour à la terre peut il être un « raccord de réalité » ?

L’apprentissage du travail agricole s’accompagne d’un retour à l’école. On y apprend les bases du bambara en 3 ou 4 mois, car ces enfants de Bam’city viennent de tout horizon et ne parlent pas forcément le bambara langue officielle du Mali.

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Certains se tiennent à l’égard et nous observent les bras croisés. Ils écoutent les commentaires des éducateurs avec un air perplexe, le regard dur. Comprennent ils tout ce qui est dit ? Mesurent-ils l’enjeu de leur présence ici ?

Isolés de toute « modernité », on les recentre sur eux même sur leur avenir, leur futur…

Les champs à perte de vue nous entourent.

Saison des pluies, le ciel se couvre et nous menace. Nous trouvons refuge sous un préau où se trouvent quelques bureaux d’écoliers. Nous avons du mal à nous y glisser pour écouter les bienfaits de leur retour à la terre. En regardant la carrure des apprentis agriculteurs on se prête à sourire, même l’école cherche à les « plier »…

 

Retour  à la ruralité, alors qu’ils ont quitté leur village par manque de nourriture. La sécheresse entraîne l’exode rural de certaines familles, Bamako apparaît comme un eldorado.

Dans ce foyer rural les jeunes de 15 à 17 ans doivent quitter leur dépendance aux substances, ils doivent apprendre à créer leur subsistance, à construire leur indépendance.  Depuis plus de 7 ans ce champ de 2 hectares accueille les jeunes ados. Ils y plantent des citronniers, ils y plantent du mil qu’ils vont récolter et manger.

 

Il est toujours difficile pour un enfant de lui donner une socialisation contradictoire avec celle de la rue où il pense être libre. Dans la rue il n’y a pas d’horaires, on est libre de ses choix, de son errance, de sa violence. ..

Ici il faut vivre en communauté et prendre soin des autres…

et surtout de soi.

Les baraquements sont les abris traditionnels en terre. Rien d’ostentatoire à part les lunettes de soleil d’un des éducateurs !

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Le vert domine le rouge de la latérite. Le ciel se couvre et rappelle que nous sommes en saison des pluies. La sécheresse touche tellement de village au nord du pays. La poussière étouffe les plantes. L’eau manque…

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L’eau est ce bien précieux à toute vie. Ici le puits trône au milieu du champ comme une preuve de fertilité, une preuve de survie.  Il est à 20 mètres seulement… C’est la première chose que l’on nous montre comme un trophée. Au-delà de toute modernité, c’est l’élément central, le pilier de toutes ces plantes, de tous ces hommes.

C’est avec çà peut être qu’ils pensent les faire rester, leur faire oublier la modernité…

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