Regards d’enfant

Celui qui est devant toi, est un enfant, il a toute confiance dans l’adulte qui est devant lui.

Son regard est pur. Ton regard est dur.  

Il porte le regard de tous les enfants et toi celui de tous les adultes.

Il est serein et en attente de ce qu’il va devenir. Il observe, la pupille dilatée, il boit le monde, il happe tout ce qui l’entoure. Comme tous les enfants, il est confiant. Jusqu’à…

Il ne sait pas encore…il ne sait pas qu’il faut se méfier des grands.

Mais certains l’ont déjà brisé… Il ne faut pas grand-chose.

Un regard dédaigneux, une parole blessante, un adulte malveillant, une enseignante méprisante… et le voilà perdu.

 Il ne faut pas grand-chose pour faire mal à un enfant. La route est longue, il en faudra des rencontres  jusqu’à la maturité pour passer de l’autre coté de l’enfance.

Mais sous quel prétexte un adulte peut blesser un enfant ?

Parce qu’il a lui même été brisé enfant ?

Ces adultes là, ont-ils pour autant le droit d’entraîner  une perte irrémédiable de leur âme d’enfant?

Certains adultes lui ont menti, avec tout leur mépris, ils ont voulu le briser.

Le regard de l’enfant soudain se voile, juste un instant, le temps d’un éclair. Il porte avec effroi le regard de tous les enfants. Il est perdu au milieu des grands.

Le tourment de ces enfants est immense, pourtant ils ne laissent pas paraître leur détresse. Cet enfant perdu est comme Peter pan et n’ose plus regarder ses rêves, il a peur de voir.

Il se met à chercher du regard une issue à cette douleur qu’un adulte lui a infligé. Il change souvent d’objectifs, son regard choisi une vision macro, on élargit le chant, on ne voit plus que les silhouettes, on évite les regards. On évite la douleur de trop prés, la micro c’est mieux pour éviter…

Aujourd’hui ce grand enfant, devenu adulte veut oublier les autres en souffrance, il a besoin de se ressourcer. Le regard de l’enfant l’apaise. C’est son enfant.  

Il a su lui donner une identité de père, la sienne. Il a pu devenir un adulte armé d’une carapace, mais des fois  il cherche encore pour mieux se trouver.

C’est quoi se trouver ?

Il faut d’abord errer, se perdre, se heurter, se briser, se laisser briser, couler ….

Il faut d’abord pleurer, crier, rire, hurler, murmurer et tomber. Tomber encore et encore pour mieux se relever…

L’adulte en uniforme lui sourit, lui qui a hérité avec dérision d’une vie sans émotion. Sans cela il ne pourrait plus travailler. Il y a trop d’horreur dans ce monde. Son métier c’est policier, la vie chaque jour ne l’a pas épargné.

Il sait maintenant qu’il faut aimer, adorer, haïr, idolâtrer et de nouveau aimer jusqu’à détester qui l’on est. Aimer encore un peu, douter, aimer jusqu’à en mourir. Oublier, recommencer encore et encore ;

Et puis doucement se laisser porter, soulever, entraîner par les autres, ce courant  plus fort que l’écume des mauvaises pensées.

Alors le regard de l’enfant s’est durci, il scrute le regard de l’adulte ! L’uniforme c’est papa. Lui et maman lui ont fait du mal, sans le vouloir, ils l’ont oublié dans leur histoire. La séparation l’a perdu, une semaine chez l’un une semaine chez l’autre…

Il sort du commissariat d’un pas décidé. Çà y est, il est retrouvé, il serre la main très fort.

Ce vieil enfant qui l’accompagne, a une démarche de Lucky luke, c’est son adulte à lui. C’est son grand père.

Il laisse entrevoir  un regard moqueur  qui laisse voir ce qu’il a été…

Il a été un rêveur, un doux rêveur, un tendre rêveur d’une vie sans convention mais pleine d’émotions.

Ses choix étaient-ils les bons ?

Se trouve-t-on réellement un jour ?

Nous pouvons espérer rester dans cet état d’âme qui amène à se tourmenter toute une vie donnée jusqu’à ne plus respirer.

Au seuil de l’au-delà, les cheveux blancs autour des yeux, un regard flamboyant il continue de s’interroger. Il ne s’est pas trouver pendant longtemps. Mais il l’a trouvé lui, cet enfant perdu, son peter pan . Il va l’aider, le sauver, le réconcilier avec les autres.

Le regard du vieil enfant se trouble, toutes ces choses vues quand il était enfant. La guerre, la peur, la douleur, les manques.

Et pourtant, toutes ces rencontres vécues sont riches d’émotion. Ces espoirs déçus ne pourront pas changer le regard d’un enfant qui ne veut pas devenir grand.

Être grand c’est choisir.

Alors il faut refuser de quitter ce regard d’enfant.

Il faut pouvoir danser sans s’arrêter, jouer jusqu’à épuisement, chanter à en perdre sa voix, sauter sur un pied sans tomber…  il faut pouvoir admirer,  il faut pouvoir aimer.

Il lui apprend comment continuer à parler aux arbres, aux feuilles, aux oiseaux…il lui apprend à murmurer le monde et à l’apprivoiser. Il lui apprend à rester Peter pan, dans l’oreille il susurre :

 « T’inquiète pas Peter, moi non plus je ne veux pas devenir grand. »

L’enfant lève les yeux vers le grand enfant, il est rassuré, son grand père est resté enfant même à 70 ans.

Leurs bras se balancent, leurs pas sautillent, ils vont se promener dans le parc, ils vont sauter dans les tas de feuilles, glisser sur le vieux banc, se mettre de la boue partout.

Le regard des enfants devient résiliant avec le temps, avec les rencontres des anciens qui ont gardé une belle âme, cet enfant là pourra être sauvé.

Au loin, dans les feuilles d’automne, deux silhouettes dansent en riant, on dirait deux enfants.

Ils ont du boulot, maintenant il faut réveiller tous les regards d’enfant des adultes qui ont perdu leur âme.

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