HISTOIRES INDIENNES : Coin de rues…

Le monde coloré des femmes n’est pas toujours respecté, il est souvent méprisé alors qu’il est la structure même de la société. Elle est seule au coin de la route, un tas de noix de coco autour d’elle. Tous les ans je la retrouve à la même place, au même coin de rue Elle possède au moins deux saris de couleur différentes, un vert bordé de rose, un violet brodé de fil doré…Lorsqu’elle porte l’un d’eux , l’autre sèche sur la barrière derrière elle. Toute sa richesse est là roulée dans ce petit pagne, quelques pièces d’économie, un peigne, un chiffon… Un peu plus loin c’est son amie, Sityana, elle vend les fleurs à mettre dans les cheveux. Elle reste devant l’entrée du temple, là il y du passage des touristes qui s’arrêtent.

Elle a un petit garçon depuis quelques mois maintenant.

C’est plus difficile alors elle reste devant le temple, elle est presque sédentaire. Elle préfère, il y a de quoi se mettre à ‘abri pendant la saison des pluies, dans le petit jardin elle peut y laisser sa natte sans se la faire voler. Et le soir, en haut des marches elle couche son enfant sur la natte. Elle, elle dort la marche en dessous. Elle préfère on sait jamais.

Il y a aussi une vieille femme un peu plus loin, elle est là depuis plus longtemps, elle connaît les lieux, les astuces. Comme une grand-mère des fois elle garde le petit ; le temps que Sityana fasse quelques achats.

Un petit garçon se tortille sur les marches du temple, il se roule dans la moiteur de la nuit. le sari  qui l’entoure porte l’odeur de sa mère, il l’aide pour s’endormir. Sa mère n’est pas loin, elle fait sa toilette au bout de la rue. Au bas des marches une vieille dame le guette du coin de l’œil.

Et puis Ganeh veille sur lui comme il veille sur elle au quotidien.

Les touristes qui rentrent le soir dans leur « guest house » se permettent de la juger. Ils ne prennent jamais le temps de s’arrêter sauf pour se prendre en selfie devant le temple….

Ils font  des commentaires dans des langues qu’elle ne comprend pas.  Mais eux aussi ne la comprennent pas. Eux aussi ne parlent pas sa langue, sa culture…Ils ne savent rien de sa vie, ils ne cherchent pas  à comprendre et refusent de lui acheter ces quelques fleurs qui ne représentent que quelques centimes, quelques poussières dans leur vie.  

Elle n’est qu’une poussière dans ce monde, une petite poussière indienne comme toutes ces femmes au coin de rue qui se battent chaque jour pour leur survie et quelques fois pour celle de leur enfant.

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