HISTOIRES INDIENNES:Au numéro 5

Avec sa lettre en poche je suis partie avec un trésor, des mots qu’elle a gardé si longtemps précieusement…Des souvenirs pleins les yeux, des mots dans un petit papier bleu avec une photo jaunie.

Une adresse au dos de l’enveloppe, une jolie écriture appliquée pour l’institutrice française qui l’attendait.

5 rue François Martin, dans la ville blanche…

Des indiens qui ont fait le choix de la nationalité française, en s’inscrivant au consulat.  Je suis porteuse d’un espoir, d’un lien à renouer, de nouvelles à donner de la part d’une vieille institutrice vers son filleul indien.

Je suis porteuse d’espoir et j’en ai l’angoisse au ventre. Qu’est ce que je vais leur dire ? Ils auront sûrement vieillis eux aussi…

Peut être l’ont-ils oubliée ? Pourtant elle a contribuée à financer ses études , elle l’institutrice française méditerranéenne.

Je m’imagine déjà porteuse d’un mot en retour, d’une photo, de rires et sourires, de larmes…

Palabres palabres, je raconte l’histoire et ma recherche pour elle. Je trouve un chauffeur et pars fièrement en amazone sur une Royal Enfield dans les rues de Pondichéry.

C’est la plus belle des motos…mais qui me mène vers la plus triste des nouvelles.

Au n°5 de la rue François Martin dans la ville blanche  grignotée petit à petit par le gris des ashrams. Pourtant certaines familles résistent, certains sont toujours là.

Mais au n°5, il n’y a plus rien, ni personne. Juste un tas de terre. La maison est détruite, juste une porte, un bout de mur.

Sensation étrange, un bout de passé effrité, que sont-ils devenus ?

Je ne peux relier personne, je ne peux recréer le lien. L’enveloppe bleue n’a pas retrouvé son chemin.

La vieille institutrice va être déçue.  En vain, elle continuera de s’interroger.

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Une rangée d’enfants en chaussettes et uniformes passe dans la rue … Robe rouge et chemise à carreaux, je plie l’enveloppe bleue dans ma poche,  précipitamment je sors l’appareil photo. Je lui ramènerai d’autres images d’enfants, d’autres regards, d’autres sourires…

Je sais que dans un éclat de rire face à ma mine dépitée, elle va me dire que ce n’est pas grave. Elle regardera les photos floues volées à l’enfance et elle me dira: « ma petite, tu ne vois pas? Sans soucis, la vie me fait un clin d’œil, je suis âgée, ils n’ont plus besoin de moi…. La vie a repris  son cours naturel ! Merci d’avoir cherché mes liens aussi loin. A toi de jouer maintenant !» 

DSC_0022 clin d oeil.jpg

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