HISTOIRES INDIENNES: du sable plein les yeux…

Il y a ces petits métiers jugés inutiles au monde, mais qui donnent l’impression d’être de ce monde. Quelle ne fut pas ma surprise de trouver deux jeunes femmes affublées d’une veste jaune fluo sur le sable. Leur mission semblait perdue d’avance…elles balayaient le sable.

Travail des plus ingrats et des plus inutiles. Une tâche absurde et sans fin, il y aura toujours du sable avec des choses ramenées par les vagues. Des bouts de plastique, des déchets, des bouts de bois inlassablement traînés par l’océan.

Il y aura toujours des femmes avec des vies usées par les vagues. Des bouts de femme, des enfants, des bouts de vie inlassablement balayés sur le sable.

Je pense au tonneau des danaïdes. Platon n’a pas rencontré cette femme, il ne l’a pas vu balayer chaque jour. Et pourtant elle est là chaque jour, une vie bien réglée, un geste répétitif, jour après jour. Elle semble punie dans cette vie. Réincarnation d’une vie précédente sans soucis ? Elle est embauchée par l’hôtel qui se trouve derrière le mur, là où il y a les grands  palmiers. Inlassablement elle est courbée sous le soleil, courbée sous le regard du gardien qui  vérifie qu’elle efface les traces de l’océan.

Elle espère un jour changer de catégorie. Passer dans celle qui sont de l’autre coté du mur, celle qui nettoie l’intérieur de la cour, celle qui balaie le tour de la piscine, celle qui balaie les couloirs, et enfin peut être un jour celle qui nettoie les chambres. Toutes ces étapes qui la font tenir, comme les restes du restaurant en bord de mer.

Ces petits restes, ces petits riens sont  leurs petits salaires  et leurs permettent de survivre et de faire survivre la petite tête brune adossée au mur du restaurant.

La petite brune joue avec les coquillages, sur un sari couleur safran. Elle a des fleurs fraiches dans ses nattes. Elle attend les touristes pour aller les saluer, avec quelques mots d’anglais. Elle regarde la silhouette de sa mère au loin, peut être qu’un jour elle la remplacera…

Mais demain est un autre jour. Elle n’a pas la notion du temps, elle n’est pas allée à l’école, sa mère lui apprend le soir quelques mots sur le sable qu’elle aura balayé toute la journée.

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