HISTOIRES INDIENNES: le souffle des lieux…

Il y a ces endroits sacrés où comme libérés de certaines contraintes modernes nous retombons dans une autre dimension.

Déchaussés, désarmés (pas de portable ni d’appareil photo), nous suivons silencieusement les ombres qui nous dépassent doucement.

Les pierres sont lissées, usées sous nos pieds. La lumière est tamisée, les sons étouffés, les couleurs dorées… nous ne parlons pas la langue, nous n’avons que les regards et nos sens pour apprécier maintenant, cet instant.

Nos sens sont affûtés, désarmés. Même notre vue n’est plus habituée à voir pour regarder simplement, sans écrans interposés.

L’encens m’enivre. Les couleurs attirent les yeux de tous les côtés malgré la pénombre de certains lieux. Couloirs, marches, piliers, le nez en l’air, … couloirs, marches, piliers j’hume l’atmosphère,…Couloirs marches piliers je m’en imprègne en oubliant de regarder où je mets les pieds… Mes yeux enregistrent les lieux. Aucun écran à part ma pupille ne peut à l’instant les visionner.

Je me sens décalée. Je me sens le point noir au milieu des couleurs.

Alors je sors mes crayons pour remettre des couleurs et pour noter et éviter d’oublier toutes ces odeurs. Sur une feuille blanche je crayonne, et l’on vient alors me parler, me sourire.

Une  puja se prépare, il y a des files « indiennes » pour rentrer dans le petit habitacle où ils vont recevoir les signes. Je me glisse dans un coin pour essayer de griffonner les silhouettes devant moi. Quelqu’un se glisse derrière moi, je sens son souffle juste un instant. Je n’ose pas me retourner, je ne veux pas perdre de temps, j’essaye de capter au mieux les petits détails qu’une photo aurait pu immortaliser.

Le souffle s’en va. Un gong vient de retentir. La puja va bientôt commencer.

En me retournant, je croise un sourire dans les yeux d’un vieux monsieur. Il ressemble à Gandhi…Des petites lunettes rondes, le dhoti, habit traditionnel en coton blanc me font impression. Je reconnais la régularité de son souffle en le regardant. Ici on ne fait pas de clin d’œil, il sourit c’est tout. Enfin presque… sa tête dodeline de droite à gauche, signe distinctif des indiens, qui signifie tout et rien, une approbation ou son contraire, un oui ou un non, mais peut être rien de tout ça.

Je le regarde s’éloigner à contre sens de la foule qui commence à se coaguler autour des colonnes centrales. Je me mets à suivre son mouvement de la tête comme un signe. Il est temps que je m’éloigne de ce lieu préservé. Au détour d’un couloir marche pilier, je perds sa silhouette de vue. Il m’a guidé vers la sortie.

Les mains sur les colonnes, je salue les lieux d’une prière invisible et silencieuse. Les pierres seront encore et encore lissées, usées sous leurs pieds. La lumière restera tamisée, les sons étouffés, les couleurs dorées… Le souffle de cet homme restera là pour veiller.

Le lieu restera préservé encore et encore du souffle de nos écrans indécents.

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