HISTOIRES INDIENNES : pour quelques roupies .

Ils ont regardé les billets, ils ont admiré cette graphie qui devient un hiéroglyphe inconnu pour eux. Heureusement l’anglais traduit les signes. Ils restent marqués par l’Inde. Imprégnés de ce nouveau langage, de ce nouveau code, de cette nouvelle vision du monde. Leur cœur s’est élargi, ils ont compris les différences, admis leurs intolérances, appris de leurs errances,

Alors ils ont voulus marquer une dernière fois avant de partir leur attachement à ces lieux.

Ils se sentent imprégnés par les odeurs, les couleurs, les émotions, leurs écus, leurs rencontres. Ils sont marqués dans leur peau, alors en regardant le dernier billet de 500 roupies qui n’est d’ailleurs plus valable. L’idée se faufile et prend forme « Bank of India »

Les deux paradoxes de leur vies : vouloir la richesse,  toujours plus d’argent, leur valeur, leur objectif d’ado occidental,  la banque est essentielle, c’est leur mode de vie.

Le deuxième mot india, ce lieu qui les a fait aller au bout d’eux même loin de leur confort d’enfant roi. Ils ont alors retrouvé les vraies valeurs au fond d’eux, les valeurs de solidarités, d’amitié…

Alors entre les deux leur cœur balance. Mais même si leur objectif est de gagner plus, leur ADN est maintenant marqué par le vécu.  Alors ils ont choisi, ce sera « India ».

D’une main tremblante les lettres inconnues sont tracées sur ce poignet.

Voilà c’est fait, c’est gravé, c’est noté.

A l’aéroport la file est longue, les contrôles pesants. Peut être vérifient-ils que l’on n’ait pas trop volé de morceaux de l’Inde en nous.

Ils sourient, ils ont leur secret au cœur du poignet.

Leur tour arrive. Dans leur yeux quelque chose brille, comme des voleurs fiers de leur butin. Le sourire aux lèvres. Ils éveillent les soupçons en leur demandant de lever les bras pour les « scanner », leur secret est dévoilé et soudain déchaîne les passions.

Un autre douanier est appelé, une cacophonie entre  dans l’aéroport comme une inquiétude entre les douaniers qui voient un signe inquiétant dans l’écriture sur le poignet de plusieurs jeunes ados.

Le chef est appelé. Il va interroger à tour de rôle les jeunes en prenant le soin de les séparer pour qu’ils ne puissent pas communiquer.

 

Premier interrogatoire en roulant les « r » derrière un petit rideau couleur saumon.

         « wherrrre arrrre you coming frrrrom ? 

         heu….Pondichery….

         Why did you wrrrrrite bank herrrre?

         ?!!!What?!!! No bank!!!it’s India in Hindi, look.”

D’un geste rapide il sort le dernier billet de 500 roupies qu’il avait gardé en poche et désigné l’écriture “ reserve bank of india”.

C’est à cet instant qu’il a vu le regard de l’homme changer, comme une étincelle de joie qui s’éclairait au fond de sa pupille.

Et dans un éclat de rire, il a essayé d’articuler :

« it’s not india, it’s bank, it’s not the good word !!!! »

Les autres agents se regardent interloqués de voir leur  chef se relâcher au point d’en avoir les larmes aux yeux.

Ils secouent la tête de droite à gauche, à l’indienne et sourient à leur tour.

Et dans un français impeccable, le chef conclut :

« Ah vous les français vous croyez tout savoir mais vous ne savez pas déchiffrer deux mots d’hindi. Ah… c’est trop drôoooole……non vraiment trop drôooooole…. !!!! »

Le chef s’est éloigné en dodelinant de la tête et en prononçant le mot « bank » dans des éclats de rire qui le secouaient et lui donnaient des soubresauts réguliers.

Face à la mine dépitée des jeunes voyageurs, il y avait la mine dépitée des agents, la mine défaite de voir leur chef dans cet état pour un mot écrit sur un poignet pour quelques roupies…

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