HISTOIRE INDIENNE: les lunettes au bord de l’eau

Il y a l’océan, il y a leur piscine, il y a leurs douches. Toute cette eau.

6 heures, avant qu’ils ne se lèvent, lui, il s’assoit un instant.

Le café est pris au bord de la piscine. Le café, cette boisson noire et profonde, black coffee du matin dans lequel il voit son reflet.

Son travail est dans l’ombre, avant qu’ils ne se lèvent, à l’aube. Des premières lueurs du jour aux dernières, il est là, tapis dans l’ombre. Son travail finit à l’orée de la nuit, quand ils sont sortis une dernière fois en ville ;

 Lui il ne sait pas nager, il ne fait que nettoyer l’eau souillée par les touristes dénudés et débridés dans la piscine. Après leur passage il ramasse leurs serviettes et lunettes oubliées, leur iPhone mouillé, il nettoie tout ce que leur vie a négligemment étalé et oublié au bord de la piscine. Il sait que certains l’observent. Alors il range avec soin tous les effets personnels dans un panier. Les serviettes sont pliées. Le panier sera vidé par les touristes rassurés de retrouver leur matériel indispensable à leur vie.  

A cette heure là il est paisible, encore seul dans le silence. Seul l’océan au loin bourdonne.

L’océan l’inquiète, l’affole, il sent la violence naissante derrière chaque vague. Il admire les pêcheurs qui chaque jour prennent le risque de se déplacer sur un petit bout de bois dans cet élément liquide immense et  instable. Ici il sait que même en tombant dans l’eau il lui suffit de se redresser, poser les pieds au sol et surtout se diriger vers l’échelle pour sortir.  Il est bien là, la lumière naissante, l’eau si bleu et si calme. Il se sent apaisé et rêve juste un instant qu’il est un touriste. Il vient de glisser sur sa tête les lunettes, un butin non réclamé qu’il a gardé, pour pouvoir rêver de temps en temps. Il les glisse un instant sur son nez et la couleur de sa vie est soudain plus nuancée, irisée.

Il fait parti des petites mains qui chaque jour nettoient dans l’ombre pour que les touristes soient heureux dans leurs vacances du bout du monde, leurs lunettes posées sur le bout du nez, face à l’océan ou au bord d’une piscine limpide.

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