Nos âmes brulées

Ce n’est pas le syndrome de la page blanche, c’est celui du doute. Les mots se bousculent mais qu’elle est leur légitimité ? ne plus prendre le temps d’écrire alors que les mots se trainent sur chaque chose. Il y a des angoisses qui mettent du temps à sortir, à s’évacuer. Je regarde tous mes papiers à jeter, toutes mes feuilles prêtes à s’enflammer avec ou sans mots.

J’ai les yeux qui piquent. Ma gorge me brûle et les mots me manquent. Fait divers de l’été…est-ce une raison pour l’accepter, peut-on s’y habituer ?

De gamine j’ai toujours su reconnaitre cette odeur d’épines sèches qui prend feu. Rien à voir avec l’odeur euphorisante de l’humus. Mon nez sait reconnaitre cette odeur âcre, cette couleur du ciel… Je me souviens de ma lecture en été de Martin Gray, au nom de tous les miens sous les pins parasols de ma colline…. La même odeur de cendres m’entourait, je sentais les épines sous mes pieds, le tronc de l’arbre inquiet sur ma peau. Au loin une trace de fumée dans le ciel et le vol incessant de gros oiseaux jaunes bourdonnant jusqu’à la mer. Imperceptible cette inquiétude qui rend l’air irrespirable.

 Ce nuage âpre qui nous pique les yeux, et racle la gorge. Nos yeux suivent le tracé des canadairs dans le ciel. C’est l’amertume.

Le vent enlève le calme et la tranquillité de l’été, il agite nos inquiétudes, tout part en fumée.

Comment expliquer que depuis si longtemps maintenant on ne puisse pas protéger nos terres, nos pins, nos chênes, notre garrigue ? Les anciens dénonçaient déjà certaines extensions immobilières … Mais aussi les inconscients qui éteignent mal leurs mégots, … les fous, les malades qui aiment le feu et vont jusqu’à les provoquer… acte criminel soupçonné…comment peut-on s’amuser à çà ?

Le feu qui crépite dans la cheminée n’a rien de commun avec cette langue rouge qui déchire la vie même en pleine nuit, se nourrissant de toutes les âmes. Les feuilles craquent, le souffle est si violent, des hectares en quelques secondes, les hommes petites barrières minuscules…Le secret du monde brule, notre écosystème étouffe…

Le béton viendra vite sur le sol brulé. Mais les âmes blessées appréhendent déjà le prochain été. Une larme coule sur nos jours, laissant un sillon dans le gris des cendres. Mon âme a la couleur des cendres, mon air étouffe de ses flammes, ma peau brûle non plus sous le soleil mais sous les lames de feu…

Les plages sont vides. Aucun bois flotté, que des bouts de bois brulés.


2 réflexions sur “Nos âmes brulées

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