le chemin de l’école

Septembre est là, les premiers frimas, l’odeur de fin d’été.

Cette petite rue pavée attend encore le bruit des pas des enfants. Elle attend depuis longtemps maintenant.

Les enfants ont déserté le village. Il ne reste que les grands enfants, ceux qui étaient là avant. Les vieux qui ont encore la nostalgie de la salle de classe, du temps du cartable en cuir, des crayons neufs, des cahiers encore vides. Une classe unique avec tous les enfants du village, 8 en tout. Ce chemin était un parcours de rires, de chansons et de bousculades.

L’enfance a creusé les pavés, elle a marqué les esprits.

Le soleil est à peine levé, mais des rires fusent du fond de la dernière allée. Joseph a voulu faire une blague. C’était toujours lui qui faisait les blagues de rentrée…Il a tapé à toutes les portes. Il y en avait 8 d’occupées, 8 vieux cartables posés prés de l’entrée… Il savait que c’était aujourd’hui, il  a vu à la télé, la rentrée c’est le 4 septembre.

Simone se dépêche, ce sera pour sur sa dernière rentrée, ils vont bien rigoler. Ils sont encore 8. Personne ne pourra remplacer Melle Valérie l’institutrice, de toutes les manières elle est trop vieille. Mais la salle de classe ils ont fait en sorte de la garder en l’état depuis toutes ces années. Au début ils pensaient qu’il fallait la garder pour la relève, leurs petits enfants par exemple…mais ils sont restés à la ville. Et ils n’y a jamais eu d’autres enfants, ni d’autres institutrices. Ils étaient et ils resteront les derniers à avoir pris le chemin de l’école dans ce petit village.

Cette rue est encore un peu la leur, car après la rentrée ils savent qu’il y aura le départ de Pierrot. Ces enfants lui ont réservé une chambre dans une maison de retraite de la grande ville.

C’est toujours lui le premier à partir. Il a été le premier a quitté l’école, il était parti au collège, puis au lycée.

Cette petite rue pavée entend encore le bruit des pas des grands enfants. Elle entend encore un peu, pas longtemps maintenant.

L’enfance a creusé les visages, posé des lumières dans les yeux. Les cannes tapent sur les pavés, les vieux cartables sont sortis, ainsi que quelques cahiers et deux stylos.

Le soleil est presque couché, les rires fusent du bout de la rue.

Quelques saisons ont passées et aujourd’hui c’est leur dernière rentrée. Septembre est là.

Le chemin de l’école attendra encore un peu.


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